Résilience

Comment la capacité de résilience a changé ma vie professionnelle

Une image contenant texte  Description générée automatiquement

Il y a 20 ans jour pour jour, ma vie a basculée. 

J’ai passé 10 ans à me dire « Pourquoi dois-je tant souffrir » et 10 autres années à me demander « Comment faire pour être heureuse » ? 

Aujourd’hui je peux témoigner que je le suis, autant dans ma vie personnelle que dans mon travail, et je n’aurais jamais cru que cela soit possible. 

Confucius disait : « Fais un métier que tu aimes, et tu n’auras jamais l’impression de travailler » c’est un peu ce sur quoi j’ai envie de témoigner en cette journée si spéciale pour moi. 

Faire un récit pour témoigner de mon cheminement lors de ces 20 dernières années…  ça fait longtemps que cela me trotte dans la tête. 

Mais comment le faire sans être égocentrée, sans générer des sentiments désagréables et surtout, pour moi qui suis très ancrée dans le pragmatisme, comment faire pour que cela soit utile, pour vous qui me lisez. J’espère de tout cœur, que cela le sera.

Pourquoi témoigner ? 

Le concept de résilience ou « l’art de naviguer entre les torrents », est introduit en France par Boris Cyrulnik. Il dit en parlant des personnes résiliantes : « Si je parviens à changer votre regard sur moi, je changerais le sentiment que j’éprouve de moi » : donc, si je peux vous faire comprendre comment j’ai pu transformer ce qu’il m’est arrivé, je change votre regard sur moi et par effet systémique je change mon regard sur moi. C’est un mécanisme de défense et de survie.

C’est amusant car c’est simplement en écrivant ce texte que je comprends quelque chose de nouveau. C’est parti d’un lapsus : j’ai d’abord écrit « si je change MON regard sur moi…. ». Cela me semblait évident car cela fait 10 ans que je travaille à changer mon regard sur moi et sur mon monde, et je vois bien que j’ai changé ce que j’éprouve de moi, et que le monde autour de moi a changé. . 

En fait, il est écrit « si je change VOTRE regard sur moi…» et je viens donc juste de comprendre qu’il est temps pour moi de sortir mon histoire de l’ombre maintenant que j’ai stabilisé mon propre regard sur moi. 

. J’ai plusieurs motivations pour cela :

  • Témoigner de la possibilité qu’il puisse y avoir un autre avenir que l’on n’imaginait pas après un traumatisme, 
  • Donner de l’espoir à toutes les personnes qui traversent des périodes difficiles 
  • Pour continuer à avancer moi aussi…

Pour préparer ce témoignage, je me suis replongée dans le livre de Boris Cyrulnik « Un merveilleux malheur » et j’ai choisi d’axer mon texte d’une part sur l’authenticité de mon vécu et d’autre part sur quelques éclairages théoriques.  Allez c’est parti… je me lance…

L’extrait du livre de Boris Cyrulnik qui m’a donné le courage d’avancer est celui-ci : 

« Le Bonheur n’est jamais pur, pas plus que le Malheur. Mais dès qu’on en fait un récit, on donne sens à nos souffrances on comprend, longtemps après, comment on a pu changer un malheur en merveille, car tout homme blessé est contraint à la métamorphose. J’ai appris à transformer le malheur en épreuve : Si l’un fait baisser la tête, l’autre la relève. » 

Le 6 mai 1999, donc, l’homme que j’avais épousé 3 semaines avant est décédé brutalement d’un accident de voiture. Au moment du traumatisme on ne voit que la blessure : et j’ai vécu pendant de longues années dans un brouillard total. Vu de l’extérieur, peu de gens ont perçus cette longue descente dans les abimes du deuil, car mes actes étaient souvent paradoxaux et parfois empreint de joie extérieure : J’ai compris longtemps après, qu’en fait c’est la pulsion de vie que j’ai chevillée au corps qui m’a sauvée. La pulsion de vie ET la résilience.

Qu’est-ce que la résilience : 

Le mot de Résilience est à l’origine attribué à l’industrie. La définition que nous donne le Larousse est la suivante :« Caractéristique mécanique définissant la résistance aux chocs d’un matériau. (La résilience des métaux, qui varie avec la température, est déterminée en provoquant la rupture par choc d’une éprouvette normalisée.) »

 

D’un point de vue psychologique, la résilience est la faculté à « rebondir », à vaincre des situations traumatiques. C’est la capacité pour un individu à faire face à une situation difficile ou génératrice de stress. Ce concept ou « l’art de naviguer entre les torrents », est introduit en France par Boris Cyrulnik. Cette faculté n’est pas innée, mais elle trouve ses racines dans l’enfance, et dans la relation que les parents entretiennent avec leur enfant. Une relation sécurisante aidera les enfants à trouver la force de s’en sortir. La résilience entraîne : l’autoprotection, l’équilibre face aux tensions, l’engagement-défi, la positivité de soi, et la création.

Boris Cyrulnik dit qu’ «On ne pourra parler de résilience que longtemps après, lorsque l’adulte enfin réparé avouera le fracas causé par ce traumatisme »  

En quoi suis-je une adulte réparée ? comment y suis-je parvenue ?

Je peux affirmer que je suis une adulte réparée et je sais que je suis sur le bon chemin, car je peux regarder le passé avec sérénité, je n’ai plus envie de me retourner

Je peux même arriver à dire Merci aux évènements, car ils ont enrichi ma vie et je sais aujourd’hui que ce ne sont plus eux qui la gère.

J’ai fait de mes traumatismes une force, et même le cœur de de ma vie professionnelle : le sens que je donne à mon métier est d’accompagner l’engagement des hommes et des femmes dans l’entreprise et dans leur vie. 

Selon l’encyclopédie le mot « Engagement » peut être entendu au sens de « « conduite » ou au sens d’« acte de décision », selon qu’il désigne un mode d’existence dans et par lequel l’individu est impliqué activement dans le cours du monde, s’éprouve responsable de ce qui arrive, ouvre un avenir à l’action, ou qu’il désigne un acte par lequel l’individu se lie lui-même dans son être futur, à propos soit de certaines démarches à accomplir, soit d’une forme d’activité, soit même de sa propre vie. »

Concrètement, j’accompagne aujourd’hui 

  • L’engagement vis-à-vis de soi-même pour prendre sa vie en main et devenir l’architecte de sa vie, en construisant pierre à pierre sa propre cathédrale. Je garde à l’esprit cette maxime qui depuis 20 ans m’aide au quotidien

« Qui n’avance pas, recule »

  • L’engagement en entreprise de la direction vis-à-vis de ses manager, des managers avec leurs collaborateurs et des collaborateurs envers leur employeur. 

Comment j’y suis parvenue 

Pas à pas….. 

Parfois sans vraiment réfléchir, parfois en saisissant les opportunités qui s’offraient à moi, en faisant confiance à mes proches, en suivant une intuition ou un idéal. 

Une des convictions qui m’a guidée était la certitude d’être faite pour accompagner et pour transmettre. Mon rêve est de contribuer à améliorer le monde et/ou contribuer à améliorer les relations entre les personnes à ma toute petite échelle. J’ai parfois l’impression d’un terrible gâchis d’énergie dans les relations, juste parce que l’on ne prend pas le temps de se comprendre ou que l’on n’a pas le bon décodeur. 

Les 2 pas fondamentaux qui ont contribué à changer ma vie après la fracture sont les suivants : 

Mon 1er pas, a été le démarrage d’un travail sur moi-même : je continue aujourd’hui encore à travailler à me comprendre, à me décoder, à identifier mes filtres, mes croyances, mes besoins fondamentaux, mes sources d’énergies et d’épuisement. Mon astuce pour cela : quand je suis au cœur d’une tempête émotionnelle, je m’imagine dans un hélicoptère et regarde la situation, vue de très haut. Cela me permet de baisser le son de ma radio interne (qui dans ce cas-là me raconte beaucoup de choses fausses) et de prendre le temps d’analyser avec de la distanciation et du discernement. 

B. Cyrulnik, dit que le contrôle des affects est associé à la sublimation de notre vie. C’est-à-dire ni colère ni désespoir, ni ruminations, ni passages à l’acte brutal pour satisfaire des besoins immédiats. Le développement personnel me permet de ressentir, de vivre et de transmettre mes émotions sans que ce ne soient elles qui me dictent mes comportements. Récemment encore un manager me témoignait de la difficulté qu’il avait avec le sujet des émotions dans le management. C’est vrai… c’est un travail de longue haleine pour faire d’elles nos alliées et … notre puissance. « Mieux vous vous comprenez vous-même ainsi que vos émotions, plus vous êtes amoureux de ce qui est » (Spinoza)

Mon 2ème pas, en 2009, a été ma première reconversion professionnelle, vers le métier de formateur pour adulte. C’est à cette époque que je découvre le mot de résilience, qui d’un coup d’un seul, a éclairé tout mon parcours. J’étais tellement joyeuse de comprendre cela, que j’ai souhaité le partager avec l’ensemble de ma promotion. 

J’avais avancé dans mes deuils (entre temps j’ai aussi perdu un bébé au 7ème mois de maternité) et traversé des maladies de mes proches) et j’étais prête à partager cela avec les autres. Ce que je n’ai pas mesuré à l’époque, c’est que les gens n’étaient pas prêts à recevoir. 

A mes dépends j’ai découvert que dans l’avancée d’un deuil, 

  • une 1ère étape consiste à travailler vis-à-vis de soi-même pour passer l’étape du déni, puis de la révolte et du désespoir. 
  • une 2ème étape est d’affronter le regard et le jugement des autres (aussi mal à propos soient-ils, j’ai entendu beaucoup de blâmes quand j’ai refait ma vie). D’ailleurs l’environnement autour de moi a changé à 2 moments clés : 
    •  au moment de l’accident : pour certain, être présent dans le deuil est une mission impossible, alors que d’autres sont devenus des vrais amis depuis grâce à leur présence et leur tolérance. 
    • quand j’ai reconstruit ma vie : ce n’était plus possible/acceptable voire tolérable pour certaines personnes d’être à mes côtés dans la reconstruction vers un autre bonheur, alors que d’autres m’accueillaient et me découvraient telle que j’étais à ce moment-là. 
  • une 3ème étape encore est d’admettre que tout le monde n’est pas en capacité de recevoir un tel témoignage. Ne pas prendre en compte la capacité des autres à entendre, c’est prendre le risque de recevoir un violent retour de bâton. Je ne pouvais donc pas partager si facilement mon histoire…

Toutes ces étapes sont à elles seules une accumulation de petits deuils, qui viennent se superposer, et qu’il faut franchir aussi pour grandir. 

J’imagine que si vous, lecteur, êtes encore en train de me lire à ce niveau-là de ce long texte, c’est que vous avez choisi de rester, et je vous en remercie 😉 

Ces 2 immenses pas franchis (au bout de 10 ans !), les 10 années qui ont suivies et toutes celles qui vont suivre encore je l’espère sont des découvertes et des transformations grâce aux formations données et reçues, grâce à toutes les belles personnes que j’ai pu rencontrer, celles qui m’ont fait confiance en me lançant dans le milieu de la formation et grâce à tous les participants que j’ai pu accompagner et qui m’ont tous permis d’une manière ou d’une autre de grandir et de trouver chaque jour un peu plus une force de vivre dans la joie : je suis toujours émerveillée par cela. J’ai toujours animé chacune de mes formations comme si elle était la 1ère, et en suivant un accord toltèque qui est « de toujours faire de son mieux ». Je peux dire avec certitude que l’Amour de mon métier, m’a sauvé. 

Une image contenant personne, femme, habits  Description générée automatiquement

D’où vient la force de résilience ? 

La force de résilience, vient de la force de l’attachement, nous dit Boris Cyrulnik. Attachement qui s’est construit à chaque étape de l’histoire de l’enfant. Les chercheurs d’Harvard, ont pu étudier pendant 50 ans, 204 étudiants d’Harvard à partir de 1938. Ils ont démontré que les adultes épanouis sont ceux qui orientent leur force de vivre vers des activités socialement valorisées (artistiques, intellectuelles ou morales). Pour tous les blessés de l’âme cela permet d’éviter le refoulement et de s’exprimer en entier. 

Quand j’ai décidé de changer de métier il y a 10 ans, je n’avais aucune conscience de cela, je n’avais pas non plus la moindre idée d’où tout cela allait m’amener. J’ai juste fait une première action, planté une petite graine, que je n’ai cessé d’arroser. 

Tout le monde est capable de cela. Le plus difficile est le premier pas de l’action, et pour cela je conseille à tous ceux qui ont du mal à le franchir d’oser demander de l’aide. Il faut OSER d’abord et DOSER ensuite. 

Pour terminer mon témoignage et reprendre l’idée de la force de l’attachement de Cyrulnik, ce qui m’a permis d’être résiliente, c’est l’Amour : L’amour inconditionnel de mes parents et de mes sœurs, de mes 2 belles familles et de mon conjoint actuel. 

Sans cela, je n’aurai pas pu faire preuve de résilience, car ce qui détermine la qualité de la résilience, c’est la qualité du lien que l’on peut tisser avant le traumatisme et tout de suite après

N’oubliez pas chers lecteurs, de revenir sur vos fondamentaux, de cultiver l’amour de ceux qui sont des piliers dans votre vie. Ne laissez pas votre quotidien vous envahir au point de négliger cela. C’est maintenant, tout de suite, sans même terminer la lecture de ce texte, que vous pouvez faire un geste pour dire aux gens que vous aimez, que vous les aimez. Après… c’est trop tard. 

Mais l’amour a ceci de commun avec le feu (disait Jean Simard) : il faut l’entretenir et l’alimenter. Il n’existe aucune jolie fleur qui puisse pousser si on ne l’arrose pas régulièrement. 

Une image contenant alimentation, assiette, table, fruit  Description générée automatiquement

Etre heureux c’est quoi ? 

Ce n’est pas ce qui nous arrive dans la vie qui nous rend heureux ou malheureux : c’est ce que l’on en fait. Notre histoire n’est pas un destin. Ce qui est écrit ne l’est pas forcément pour toujours. « Etre heureux ne signifie pas que tout est parfait. Cela signifie que vous avez décidé de regarder au-delà des imperfections » (Aristote)

Enfin, cette parabole du papillon illustre vraiment bien la résilience et ce qu’elle permet

Une image contenant animal, arthropode, invertébré  Description générée automatiquement

Un homme trouve le cocon d’un papillon, un matin, il voit une petite ouverture apparaître et il passe plusieurs heures à observer le papillon qui essaie de sortir par le petit trou. Soudainement, le papillon ne semble plus faire de progrès. C’est comme s’il était à la limite de sa capacité et qu’il ne pouvait pas aller plus loin. L’homme décide donc d’aider le papillon. Il prend des ciseaux et coupe le reste du cocon. Le papillon en sort ensuite facilement. 

Mais il se produit quelque chose d’étrange. Le corps du papillon est gonflé et ses ailes sont ratatinées. L’homme continue à observer le papillon et s’attend à ce qu’à tout moment, les ailes grandissent pour soutenir le corps qui se contractera avec le temps. Mais cela ne se produit pas. Le papillon passera en effet le reste de sa vie à se traîner, avec un corps gonflé et des ailes déformées. Il n’arrivera jamais à voler. 

Ce que l’homme, dans son empressement et animé par des sentiments de compassion, n’a pas compris, c’est que la constriction exercée par le cocon et la lutte exigée du papillon pour sortir par la petite ouverture étaient les moyens prévus pour pousser le liquide du corps du papillon vers ses ailes pour qu’il soit prêt à prendre son envol une fois sorti du cocon. 

Parfois, les luttes sont exactement ce dont nous avons besoin dans la vie.


Si le ciel nous permettait de traverser la vie sans obstacles, nous deviendrions infirmes. Nous ne serions pas aussi vigoureux que nous aurions pu l’être. De plus, nous ne pourrions jamais prendre notre envol.

Merci à vous de m’avoir lue jusqu’ici, 

J’espère que ce témoignage a pu être source d’inspiration pour vous, peut être vous donne t’il envie à votre tour de raconter un évènement de votre vie, et la manière dont vous vous y êtes pris pour en sortir grandi. 

Très belle journée